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L’éditeur joue-t-il un rôle dans la naissance d’un écrivain ?

Editer un livre, c’est aussi savoir conseiller l’écrivain. Un art subtil qui nécessite non seulement une grande compétence éditoriale, mais aussi une certaine psychologie.

Raymond Carver - Photo : Bob Adelman from Carver Country
Le cas Carver

Lorsqu’est publié en 1981 le premier recueil de Raymond Carver, Parlez-moi d’amour, le succès est immédiat, et l’on salue la naissance d’un grand écrivain. Pourtant, ce succès est en grande partie dû au talent de Gordon Lish. Editor au sens américain, c’est-à-dire celui qui travaille sur les textes, il a littéralement inventé le style minimaliste de Carver.

Lish n’hésita pas à couper généreusement dans son texte, enlevant parfois jusqu’à 78% du texte original de Carver, lui donnant ainsi cette texture si étrange et moderne. La carrière de Carver (mot qui signifie « sculpteur » en anglais) est lancée.

Comment celui-ci a-t-il vécu cette véritable chirurgie esthétique de son texte ? Mal. A la fois reconnaissant envers celui qui l’a découvert, façonné et lancé, et mal à l’aise vis-à-vis des textes qui sont signés de son nom. Au point d’écrire une lettre déchirante dans laquelle il demande à Lish de tout arrêter.

Sacré « pape du minimalisme » par ses fans, il leur répond : « je ne sais pas ce qu’est le minimalisme, demandez à mon éditeur ! ».

Alcoolique et encore fragile, Carver va néanmoins prendre peu à peu confiance en lui et intérioriser la leçon de son mentor. Il finira bientôt par écrire naturellement dans « son » style, et se donnera pour devise de « rogner, rogner, et rogner encore ».

Savoir s’adapter à chaque écrivain

Pourtant, un tel interventionnisme est loin de faire l’unanimité, bien au contraire. Le conseil de l’éditeur est une alchimie subtile, et nécessite une psychologie et un tact certains. « Il n’y a pas de mode d’emploi » dit Olivier Cohen, patron de l’Olivier. « Certains auteurs demandent énormément de présence, d’avis détaillé, d’affectivité aussi. D’autres au contraire ne supportent pas ce type de contact. »

Dès lors, précise Pascale Gautier, directrice littéraire chez Buchet Chastel, « il faut savoir s’adapter à chaque écrivain. On n’aborde pas un premier roman comme un deuxième ou un troisième. Au stade de la découverte, on trouve des textes, à quelques détails près, aboutis. »

Paradoxalement, ce n’est pas sur les premiers romans que les éditeurs se montrent le plus interventionnistes. « C’est comme un premier rendez-vous amoureux, explique Jean-Marc Roberts, patron de Stock. Si on y va et que l’on commence à dire « Je préfère dormir à gauche ou je n’aime pas la couleur des draps », c’est foutu ! Il ne faut pas faire sa mijaurée. Un premier texte, on l’aime aussi pour ses défauts. »

Plus prosaïque, Vivane Hamy, directrice des éditons du même nom, estime qu’elle « ne connaît pas assez l’auteur pour trouver l’expression, la langue, le bon mot qui va lui faire entendre, non pas ce que je veux mais ce qu’il voulait dire et n’a pas réussi à exprimer. ».

L’important, c’est le dialogue

C’est en parlant, en discutant, que l’éditeur va aider l’auteur à trouver sa voie. « pousser l’auteur dans ses retranchements pour qu’il aille au bout de ce qu’il peut faire. Mais absolument pas écrire à sa place. » précise Vivane Hamy. En littérature pour le moins, tous les éditeurs sont formels : aucun d’entre eux ne pratique la réécriture, contrairement au cas de Raymond Carver cité plus haut.

Certains travaillent sur les personnages, la structure, le rythme, d’autres vont plus loin, comme Olivier Cohen, qui travaille ligne à ligne : « on peut retravailler jusqu’à un certain point, après quoi on risque de transformer [le texte] en une matière morte. Il faut savoir s’arrêter avant que le livre ne se défasse ».

La plupart du temps, les éditeurs se contentent de conseiller sur la structure générale, et se refusent à toucher au style, cette perle rare qu’ils recherchent tous.

Mais la frontière est parfois ténue entre un style volontairement dissonant, et une simple faiblesse de texte à retoucher. Toute la subtilité de l’éditeur est requise pour différencier les deux et pouvoir donner des indications à l’auteur. Certains éditeurs laissent la décision finale à l’auteur, d’autres sont plus nuancés, comme Jean-Marie Roberts : « Je tente de convaincre l’auteur de retoucher. Mais si, à la troisième version, ça ne va toujours pas, je ne prends pas son texte. »

Au risque de voir l’auteur renoncer ou, pire, partir. Mais, comme le reconnaît Olivier Cohen, si les problèmes éditoriaux peuvent être la cause de rupture, « ils reflètent souvent une lassitude, une envie de changement ». Comme dans tout couple, finalement.

Et du côté des écrivains ?

Les écrivains qui ont déjà « leur » éditeur, présentent un cas un peu différent. En effet, ils ont la possibilité de lui présenter un nouveau projet de livre avant même son écriture, puis en cours de route, pour prendre conseil, étudier ses réactions, trouver du réconfort.

L’éditeur peut alors fixer une date de parution pour motiver, avertir de certains écueils possibles, commenter un passage qu’on lui a donné à lire, proposer des pistes ou une direction nouvelle. Souvent, l’éditeur sera pertinent sur les questions d’ensemble, d’équilibre, tandis que l’auteur se réservera le dernier mot sur les points de détail.

La remise du manuscrit à l’éditeur est toujours un moment d’angoisse, et les premiers retours de lecture parfois difficiles à entendre.

Au fond, c’est surtout une question de confiance réciproque : « Je pense que je n’écrirai pas tout à fait de la même façon avec un autre éditeur. Il y a quelque chose dans sa manière de lire, d’éditer, et puis dans le choix des autres auteurs de la maison, qui influe sur mon écriture » confesse Agnès Desarthe.

D’après Le Monde des Livres, 23 sept 2010

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