Deprecated: mysql_connect(): The mysql extension is deprecated and will be removed in the future: use mysqli or PDO instead in /home/ecrire/public_html/Fonctions/connection_sql.php on line 3
Les News - Rencontre - Frédéric Beigbeder : "Il faut se laver le regard par de grandes plages de paresse" - Artdecrire.com
Deprecated: Function eregi() is deprecated in /home/ecrire/public_html/Fonctions/fonctions_fixes.php on line 26

Deprecated: Function eregi() is deprecated in /home/ecrire/public_html/Fonctions/fonctions_fixes.php on line 10

Frédéric Beigbeder : "Il faut se laver le regard par de grandes plages de paresse"

"Je pense que pour savoir écrire il faut savoir glander aussi, c’est-à-dire rester dans son coin, se promener, marcher, sans avoir d’obligations et c’est là que tout d’un coup les idées viennent et que l’on entend et que l’on voit les choses. C’est là où on sort son calepin et que l’on commence à prendre des notes. Il faut se laver le regard par de grandes plages de paresse"

Frédéric Beigbeder, Festival de Cannes 2007, photo Wikipedia
Rebelle à toute discipline, il écrit n’importe où, n’importe quand

Comme chacun sait, notre Prix Renaudot 2009 est plutôt un rebelle. Réfractaire à l’autorité sous toutes ses formes, il ne faut pas s’attendre de sa part à une quelconque discipline d’écriture.

« Je n’ai pas vraiment de bureau. Ma maison est remplie de livres, et je m’installe avec mon ordinateur portable n’importe où, sur un fauteuil, un canapé. Je n’aime pas l’idée de bureau »

« Je n’ai pas choisi d’être écrivain pour être discipliné. Je suis totalement traumatisé par l’école, je n’ai pas aimé le service militaire, je n’aime pas qu’on me donne des ordres, je n’aime pas le pouvoir. Cela ne m’intéresse pas. Je veux être libre. Je me suis battu pour ça. »

Revers de la médaille : « cela veut dire que je travaille tout le temps. » Il regrette justement de ne pouvoir cloisonner comme le font certains auteurs, capables de travailler quatre heures le matin, pour être libre le reste de la journée. Comme Amélie Nothomb, qui est malheureuse si elle n’a pas écrit le matin, disciplinée « par folie personnelle. »

« Moi je suis quand même tout le temps en train de cogiter, de repenser à un paragraphe, à une phrase, à une idée, et c’est très crevant. Y compris à 3h du matin quand vous devriez être en train de faire l’amour en étant entièrement dédié à cette activité agréable, moi je suis toujours plus ou moins ailleurs en train de réfléchir. C’est une autre forme de folie. »

En revanche, il cloisonne très bien ses autres activités, télé, radios, journaux, en leur attribuant des jours précis dans la semaine. Il parvient ainsi à donner la priorité à ses livres. Qui plus est, lire les autres, « c’est une nourriture très saine ». Il considère même la critique littéraire, qu’il pratique depuis 23 ans, comme une activité assez complémentaire de celle de l ‘écrivain, « comme une respiration ».

Seule exception notable à ce cloisonnement, son passage comme éditeur chez Flammarion pendant trois ans. Lancer des livres, conseiller des écrivains « ça vous bouffe le cerveau ». C’est pour cela qu’il a finalement arrêté, n’ayant plus l’énergie pour avancer ses propres projets.

Ecrire à la main ou à l’ordinateur ?

Adepte de la prise de notes, dont il abuse en toute circonstance, son meilleur ami est son carnet, il en a toujours un sur lui.

« Quand on dit ça comme ça, cela fait très romantique, l’écrivain qui écrit cheveux aux vents, cela a un côté travel writing qui n’est pas tout à fait la réalité. Je travaille quand même beaucoup à la maison, quelque fois dans ce café ou dans d’autres, mais cela ne fait pas pour autant de moi un exhibitionniste. Ecrire en public est assez ridicule, c’est tout de même une activité un peu honteuse. Le pire c’est d’avoir une bonne idée pendant un dîner, quand vous sortez votre calepin tous les copains se foutent de votre gueule, ils veulent savoir ce que vous avez noté, et vous passez pour un gros prétentieux si vous ne le montrez pas. Parfois je suis obligé de m’enfermer aux toilettes pour noter un truc ! »

« Ensuite je reporte ce matériau dans l’ordinateur et je fais ma petite cuisine. Je fais du montage. C’est très rare que j’écrive directement à l’ordinateur. Pour Un roman Français, quasiment tout a été écrit dans le Sud-Ouest, au Pays Basque, que ce soit à Guéthary, à Sare, à Biarritz ou à Pau aussi, avec une base notes écrites, manuscrites, et puis une autre salve directement à l’écran. »

A noter que le passage de l’écriture manuscrite à l’écran réserve souvent des surprises : le texte est souvent plus décevant à l’écran, et des coupes s’opèrent.

Est-on plus concis à la main ?

« C’est possible. C’est pour cela que Truman Capote disait de Kerouac : « Il n’écrit pas , il tape la machine. » Parce qu’il n’aimait pas du tout Sur la route, il trouvait que c’était une logorrhée interminable, ce en quoi je ne suis pas du tout d’accord, et il pensait que cela se voyait que cela avait été écrit à la machine sur un rouleau de 30 mètres de long. La concision est peut-être une bonne raison d’écrire à la main. Moi, je suis pour la sécheresse, la littérature dense, on me l’a suffisamment reproché, d’aimer les blagues, les formules. C’est vrai que je n’ai pas une phrase très ample, j’ai plutôt un gout très français pour le paragraphe court et le chapitre court aussi. J’aime bien ça, j’aime bien si j’arrive à créer une émotion paradoxalement avec des moyens très brefs. Mais ça vient aussi de ma paresse : je suis pressé de finir. »

De la prise de note à l’écriture

La première étape est donc la prise de note, qu’il peut réaliser absolument n’importe où, y compris dans les lieux les plus surprenants, ou dans un état d’ébriété avancé. Ensuite il restructure et élimine beaucoup, tout en développant certaines idées qui semblent prometteuses.

Pour Un roman français, Beigbeder a fait plusieurs voyages dans le Sud Ouest, prenant des chambres d’hôtel discrètes où il pouvait travailler sans être dérangé « sans téléphone et sans télé, c’était concentration maximale ».

Ce qui explique peut-être qu’il ait bu bouclé ce livre en deux ans, un rythme plus court que d’habitude.

Rythme et vitesse d’écriture

« Je travaille très lentement, je n’écris pas un livre tous les ans, je suis jaloux des auteurs qui y arrivent. L’écriture doit être spontanée, pour moi c’est très important. » Il a des fulgurances qu’il doit noter sur le moment, au risque de les oublier sinon. Très à l’écoute également, il pique des phrases entendues par ci par là, et compare un écrivain à un « espion ».

Il se relit tout le temps, se corrige, laisse reposer, « je suis un besogneux ».

Sa vitesse d’écriture n’est pas régulière, tout dépend de son état physique. Le taux d’alcoolémie peut produire des résultats contradictoires, parfois favorables, plutôt défavorables à haute dose, surtout le lendemain ! « On ne peut pas dire, tiens, il est 5 heures, j’ai rendez-vous à 5h30, si je faisais ma page ? Ca serait bien, mais ça ne marche pas comme ça. »

Une écriture fragmentaire, impressionniste

« Mes livres sont souvent des suites de fragments, que ce soit Windows on the World, 99 francs, l’Egoïste romantique, ce sont des livres très hachés. Je ne suis pas un romancier proustien avec une grande fluidité, mon style c’est plutôt une suite d’éjaculation précoces. »

Il déplace, insère, saupoudre, change la fin, « et le puzzle s’assemble progressivement ».

Plus organisés qu’il n’y paraît, « mes romans commencent souvent à être écrits dans un brouillard total et au fur et à mesure que je peaufine, que je corrige, je me rends compte que c’est assez construit, malgré moi et sans l’avoir vraiment voulu. »

Frédéric Beigbeder fait donc lui aussi parti de ces écrivains qui ne savent pas vraiment ce qu’ils vont écrire au moment où ils se lancent.

« Je ne fais jamais de plan, je pars plutôt d’un découpage. » Il se donne parfois des contraintes d’écriture, comme on pourrait en trouver chez les oulipiens. « Dans 99 francs, chaque partie est écrite à une personne différente : « je, tu, il, nous, vous, ils. »

« Pour moi un écrivain c’est un enfant qui s’invente un jeu dont les règles changent à chaque livre. »

L’idée d’un livre

L’Incipit est également souvent pour lui une ligne directrice. « Pour un Roman français, il y avait une phrase « Je venais d’apprendre que mon frère était promu chevalier de la Légion d’honneur, quand ma garde à vue commença ». Et cette phrase-là me paraissait contenir une idée de livre. »

De même les titres lui viennent avant d’écrire. D’ailleurs, Frédéric Beigbeder aime avoir se faire une idée physique de son futur livre :

« Je vais vous raconter un truc pathétique : j’ai besoin d’avoir une vision de l’objet final. Donc je m’imprime des fausses couvertures où je mets mon nom et différents titres pour voir à quoi cela va ressembler. Cela m’arrive même d’écrire la quatrième de couverture du livre pour savoir ce que ce serait. Je n’en suis pas fier, c’est extrêmement puéril. Ca change en cours de route mais le fait d’imaginer le livre me guide pas mal. »

« Je pense qu’en fait écrire un livre c’est comme tomber amoureux : on ne choisit pas qui l’on aime. Un livre s’impose à vous, on ne décide pas d’écrire sur tel ou tel sujet. »

« C’est assez bizarre mais il ne faut surtout pas penser au lecteur au départ. Moi je me demande surtout « si cela va m’amuser d’écrire ça ? »

L’alcool et la défonce

Un thème qui revient souvent chez Beigbeder, c’est le côté désinhibiteur de l’alcool ou de la défonce. Il est favorable à tout ce qui désinhibe, tout ce qui peut inspirer. « Allongé très ivre sur une banquette de strip club, vous avez aussi de très bonnes idées. J’ai souvent remarqué d’ailleurs que l’état second, l’ivresse, la défonce, me faisaient écrire des choses valables, que l’on peut garder. Il y a beaucoup de choses dans mes livres qui ont été écrit dans des états très avancés. »

Lecteurs privilégiés

En général c’est l’éditeur qui relit le premier, puis des proches et des amis. Exception à la règle : Un roman français, très personnel et familial, qu’il a donc préféré faire relire d’abord par sa famille.

Eloge de la paresse

Bien qu’il semble omniprésent dans les medias, Frédéric Beigbeder n’est pas un gros bosseur « en fait je suis aussi un gros paresseux et donc je concentre mon boulot pour le faire assez vite et ensuite je ne fais plus rien. Et c’est ce que je préfère. Je pense que pour savoir écrire il faut savoir glander aussi, c’est-à-dire rester dans son coin, se promener, marcher, sans avoir d’obligations et c’est là que tout d’un coup les idées viennent et que l’on entend et que l’on voit les choses. C’est là où on sort son calepin et que l’on commence à prendre des notes. Il faut se laver le regard par de grandes plages de paresse. »

Être écrivain ?

Pour Frédéric Beigbeder, être écrivain « c’est la liberté. Je me lève tard, je me balade, je traîne… Si j’ai écrit nue phrase dans la journée, je suis content ! Un écrivain que j’aime beaucoup, Philippe Djian, dit qu’il lui faut écrire une page par jour. Moi, je n’en suis pas capable, mais si je fais une phrase par jour, cela fait 365 phrases par an, et comme je fais des livres très courts, j’ai presque fini la moitié du bouquin à la fin de l’année ! »

Ayant connu le travail en entreprise, les heures de bureau, etc, Frédéric Beigbeder reconnaît qu’aujourd’hui, il lui serait impossible de revenir à sa vie antérieure.

Le revers de la médaille, c’est qu’un écrivain « n’a jamais son diplôme d’écrivain, jamais. A chaque fois que vous sortez un livre, c’est la case départ, et même pire, à chaque fois que j’écris un article, l’expérience ne sert à rien. Il faut retrouver quelque chose, un angle, une phrase d’attaque, quelque chose d’original à dire, et une bonne chute. »
Autrement dit, le « cadeau Bonux » du métier c’est « une angoisse terrible ». Il ne nie pas une part de métier qui finit par rentrer, mais cela lui semble négligeable à côté du sentiment de recommencer « à partir de rien ».
« Raison pour laquelle tous les écrivains, les bons, sont des dingues ! »

D'après le Magazine des Livres n°19 sept/oct 2009

Deprecated: Function eregi() is deprecated in /home/ecrire/public_html/Fonctions/fonctions_fixes.php on line 26


Deprecated: Function eregi() is deprecated in /home/ecrire/public_html/Fonctions/fonctions_fixes.php on line 26