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Michel Houellebecq : "L’élément moteur du roman, ce sont les personnages"

Pour le prix Goncourt 2010, les personnages sont ce qui reste au bout du compte d'un roman, tandis que l'intrigue n’a presque aucune importance. "Il n’y a aucun genre littéraire où le personnage soit aussi dominant que dans le roman".

Michel Houellebecq (copyright indéterminé)
Le personnage, élément moteur du roman

« Les personnages, c’est ce qui reste au bout du compte. Les prouesses d’écriture fatiguent. Au théâtre, que je connais mal car je n’y vais jamais, il est évident que les personnages ont une certaine importance. Mais il me semble me souvenir que l’intrigue y est relativement importante aussi. Alors que dans les romans, elle n’a presque aucune importance. Il n’y a aucun genre littéraire où le personnage soit aussi dominant que dans le roman.

Pour bien comprendre le roman, il faut à mon avis s’attarder au cas des auteurs qui ont créé des personnages récurrents. En réfléchissant à leur cas, on comprend bien ce qu’est le roman. Tout personnage réussi se lance à un moment donné dans une tentative de prise de contrôle hégémonique sur le roman dont il fait partie. »

Tout le monde a un style, bon ou mauvais

« Tout le monde a un style. Eventuellement mauvais. Il y a une confusion entre style et monomanie verbale. Globalement, les journalistes ne sont pas des êtres d’une subtilité énorme. Donc, s’il n’y a pas quelque chose de très visible, comme énormément de points d’exclamation ou des phrases réduites à deux mots, ils ne voient pas qu’il y a un style. C’est une prime au style grossier… qui est celui qui fatigue le plus.Il peut aussi ya voir le risque d’être trop subtil. Mais c’est plus rare. Par exemple, on peut dire que Perec est parfois trop subtil. A peu près personne n’est capable de voir ce qu’il essaie de faire. Finalement, le débat est très pauvre sur ces questions. »

Cohérence et difficulté de terminer

« Il est très désagréable de commencer et de ne pas terminer. Et mes romans ne sont pas assez excentriques pour pouvoir être terminés n’importe comment. Je maintiens l’idée qu’il y a tout de même une sorte de texte cohérent. Et donc, même quand je termine abruptement, relativement en catastrophe, on a l’impression que c’est la pensée de quelqu’un qui est à peu près cohérent sur la longueur de texte. »

Personnages et cohérence

« A tout moment je pourrais laisser un personnage en plan, mais je ne le fais pas ; ce n’est pas l’envie qui m’en manque parfois, mais je sais – parce que je suis moi-même, avant tout, un lecteur – que les lecteurs ont besoin de savoir « comment ça ca se terminer » pour tel ou tel personnage ; et je ne me permets pas de les frustrer à ce point.

Ce que je me permets – et c’est ce que se permettent tous les auteurs - , c’est de tuer un personnage lorsque j’en ai vraiment marre de lui. Mais c’est une formule acceptée. Un bon vieil accident, et on en parle plus. Si l’on prend L’Adolescent de Dostoïevski, qu’il a composé dans des conditions particulièrement bordéliques, on se rend compte qu’il laisse des personnages en plan, sans doute simplement parce qu’il les a oubliés. »

Avantages et inconvénient d'avoir un plan d'écriture

« Je pense qu’un des charmes les plus durables de l’écriture de Balzac tient à ce qu’il n’est parfois pas très cohérent. Sans doute parce qu’il travaillait sur plusieurs livres en même temps. Quand il reprenait un livre après l’avoir abandonné un certain temps, il ne le reprenait pas au point où il l’avait laissé, mais à un point assez anormal. La conséquence directe est que Balzac n’est pas un auteur très facile à lire.

Mais il y a dans ses livres quelque chose de très rare : une impression de vie que ne donne aucun autre romancier. En fait, peut-être que tous les auteurs sont un peu trop scolaires, pas assez incohérents dans leur manière de travailler. Quand des auteurs font de vrais plans, comme Grisham qui pose noir sur blanc tout ce qui va arriver dans son livre et qui ensuite rédige chaque chapitre conformément à son plan, il y a quelque chose qui ne va pas.

C’est un des paradoxes au centre de l’activité romanesque. Si on suit trop précisément un plan, l’ensemble est plat et sans vie. Il ne ressemble pas à la vie. Et si on ne fait pas de plan du tout, on aboutit à des difficultés de lecture parfois excessives. »

Houellebecq ne sait pas exactement où il va lorsqu’il commence un roman. Les répétitions sont un des inconvénients de l’absence de plan.

« Mais je n’ai pas écrit de romans extrêmement longs. J’écris des romans qui ne sont pas trop gros pour mon intelligence. Et encore, ce n’est pas tout à fait vrai : dans La Possibilité d’une Île, qui est plus gros que mes autres livres, il m’était arrivé plusieurs fois de répéter presque exactement la même chose à des endroits différents du livre. Et j’ai dû me corriger en relisant. C’est ce qui se produit quand on ne fait pas de plan du tout.
Prenons l’exemple extrême de Guerre et Paix : les mêmes choses sont répétées jusqu’à cinq fois dans le livre. Vu la taille de l’ouvrage, il est impossible de l’éviter. C’est simplement trop pour un cerveau humain. »

Ecrire dans la continuité

« C’est extrêmement dangereux de laisser des passages en blanc. C’est très souvent tentant d’écrire quelque chose qui vient plus tard. Mais si on laisse un passage non écrit, on peut être à peu près certain qu’on ne l’écrira pas par la suite, ou du moins que ce sera épouvantablement difficile. Parce qu’on aura perdu l’état d’esprit que l’on avait par rapport au roman, aux personnages, au moment où l’on aurait dû écrire ce passage.

C’est une des choses qui font que le travail du romancier est pénible. On est souvent obligé de se forcer à écrire un passage que l’on n’a pas envie d’écrire. On aimerait écrire quelque chose qui est plus loin. Mais il faut tout de même se forcer. Et, sans doute encore plus difficile : il faut s’interdire d’écrire le passage qui vient plus loin. »

Le copier coller ne fonctionne pas

« Il m’est arrivé de l’utiliser, de me dire que tel passage serait mieux ailleurs, et finalement, ça ne fonctionne bizarrement pas. »

Créer des tensions dans son texte et en soi

« Il faut être un peu au bord du précipice en écrivant. Sinon, on s’ennuie, on ronronne. Il ne faut rien s’interdire. Pour le dire autrement, il faut un peu être comme Dieu : ne pas hésiter à créer des personnages ou des configurations totalement abominables, et s’en laver les mains. « Je sais bien que c’est dur à avaler, mais le monde est ainsi organisé et vous devez tout de même avoir foi dans ma bonté » Et se dire que ce n’est déjà pas si mal si l’on parvient à produire une description honnête ; de préférence en faisant ressortir les traits saillants. »


D'après le Magazine des Livres n°19, sept/oct 2009

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