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Philippe Djian : « L’écriture est un travail manuel plus qu'intellectuel, un travail d'artisan où il faut tripoter les mots »

L'auteur de 37°2 le matin dévoile sa pratique de l'écriture

Philippe Djian, photo Wikipedia
Les rituels d’écriture de Philippe Djian

Il n’écrit jamais à la main, « question de distance ». Autrefois à la machine, aujourd’hui sur ordinateur : « Avec une police de caractères bien particulière : New York, évidemment ! Si vous me mettez de l'Helvetica, je suis incapable d'écrire. Vous voyez, jadis je me moquais d'Angelo Rinaldi qui taillait ses crayons, mais c'est du même ordre. On a tous nos petites manies... »

Son bureau est tourné vers le mur, jamais vers la fenêtre. « Parce que ce qui doit s'ouvrir, c'est ce qu'il y a devant, qui est encore dix fois plus beau que ce que l'on voit par la fenêtre. »

Il écrit tous les jours, « mais ça marche par périodes dans la journée. Je ne suis pas trop "mauvais" quand je reviens de la gym : pendant une heure ou deux, ça va très bien. Après, ça va très mal ! Il arrive un moment, vers 14 heures ou 15 heures, où je ne fais pratiquement rien, où ça ne vient pas. Et puis, ça revient ensuite, vers 17-18 heures ».

Etrangement, il ne peut pas se passer de cette période intermédiaire improductive, aller se promener ou faire des courses, « ça ne marche pas comme ça : il faut qu'il y ait cette période d'humilité totale où rien ne marche, c'est ce qui permet qu'ensuite ça revienne. Tous mes efforts sont concentrés sur la concentration. »

La première phrase est la clé de voute de ses romans

Comme souvent chez les romanciers, l’incipit donne le ton.
« Tout vient de la musicalité de la première phrase. Elle me vient comme ça, comme une espèce d'envie sur laquelle je ne travaille pas. Elle peut être courte, tordue, mal foutue, grossière, mais elle induit d'un seul coup toute l'histoire. »


Ni notes, ni plan !

Ne pas faire de travail préparatoire à un roman est risqué, tous les écrivains le savent. Pour être plus serein, il a déjà essayé de prendre des notes, de faire un plan. En vain ! Il a beau s’isoler, rien n’y fait, rien de sort.
« Il faut que j'écrive la première phrase. Si je ne l'ai pas écrite, je ne peux rien faire. Dans un roman, l'histoire n'a pas beaucoup d'importance. De toute façon, toutes les histoires sont toujours les mêmes : la mort, l'égoïsme, la passion, la jalousie... On a tous lu ça cent fois ! Si vous avez lu Shakespeare, vous avez tout lu. Moi, ça me bloque et je ne sais plus quoi raconter. Tandis qu'une phrase, ce n'est pas pareil. Ça débloque, une phrase. Et là jaillissent les bouts d'histoires que je porte en moi. »

Une écriture d’un seul jet

« Je ne rature presque jamais. Je peux rester une heure ou deux sur une phrase. Tant que je n'ai pas trouvé la bonne musique. Ensuite, je passe à la suivante. Mais c'est un plaisir absolu : je prends le contrôle sur les mots, je ne les laisse pas jaillir et s'installer n'importe comment. »

Il tourne inlassablement chaque phrase dans sa tête, et ne l’écrit que lorsqu’elle est bonne. Une habitude prise à l’époque où il tapait à la machine, avec deux doigts, ce qui lui faisait perdre un temps colossal lorsqu’il fallait tout retaper. Il a alors décidé que chaque phrase écrite devait être immédiatement publiable. Conséquence : pas de brouillon, un manuscrit propre !

« Je fais comme si c'était la dernière phrase que j'écrirais dans ma vie. J'imagine que je meurs, là, sur ma machine, et que ma femme trouve ce que je viens d'écrire. Je ne veux pas qu'elle se dise : "Hou là là, c'est nul ce qu'il était en train d'écrire !" Je veux que tout ce que je laisse derrière moi soit propre ».

Pour autant, « C'est un vrai plaisir que d'être assis et de jouer avec les mots. Si vous êtes tout le temps en admiration devant ce que vous écrivez, vous êtes un vrai connard ! Pardonnez-moi, mais il n'y a pas d'autre mot. En revanche, si vous vous dites : "Tu n'es pas bon, mais essaie d'être à la hauteur, essaie d'être meilleur, ne te contente pas de ça", alors vous êtes un vrai écrivain ».

Aucune coupe à la relecture

Cette façon de travailler a une conséquence assez étonnante. Si les relectures constituent généralement une partie essentielle du travail de tout écrivain - c’est souvent à cette étape que se fait la différence entre l'amateur et le professionnel, car couper, condenser, dégraisser, est un art - pour Philippe Djian, il en va tout autrement :
« Désolé de vous sortir une image un peu simple, mais c'est comme la maternité. Une mère qui a porté son enfant ne dit pas : "Tiens, je vais lui couper un bras ou une jambe." Moi, pour un livre que j'ai porté, c'est la même chose. Ça sort. Je fais attention, je contrôle les choses. Avec la langue. Avec le style. Ecrire, c'est un métier. Apprendre la patience. La technique, aussi. Et la discipline. L'écriture, c'est ça. Il faut apprendre à être patient, à ranger son bureau. L'écrivain est un artisan. »

L’émotion est plus importante que l’histoire

Voir l’écriture comme quelque chose d’intellectuel, « cela suppose que le sens est plus important que le son et ce n'est pas comme ça que j'aborde la littérature. L'histoire ne vient qu'après ces premières phrases, une fois que la musique s'est mise en place. »

Pour lui, l'histoire compte moins que le style. L'écrivain est avant tout quelqu'un qui doit faire passer ses émotions du cerveau au stylo, avec le moins de perte possible entre les deux. Traduire la vibration qu’il ressent en observant le monde qui l’entoure. Et cela, « c'est un travail manuel plus qu'intellectuel, un travail d'artisan où il faut tripoter les mots. Ce sont des bouts de ficelle. Un écrivain sérieux ne peut pas s'intéresser à autre chose, sinon c'est un historien ou un sociologue, ou un mauvais romancier. Le maître absolu, à ce jeu-là, est Jean Echenoz. C'est le meilleur styliste, aujourd'hui. »

A tel point que pour Philippe Djian : « Cela peut paraître dérisoire, mais ce qui est capital pour l'écrivain est de savoir où il met une virgule ».

Devenir un auteur publié : un rêve accessible.

Philippe Djian assure qu’avec un bon enseignement et du travail, chacun peut accéder à un niveau suffisant pour être publié. « Tout le monde peut écrire. Je crois que la littérature n'est pas réservée à une élite. »

Si la vraie littérature ne s’enseigne pas, tout le monde peut apprendre à structurer un récit, écrire un série ou un scénario valable. Les Américains ont acquis un vrai savoir-faire sur ce plan. « Il y a des tas de gens qui prennent des cours de dessin, des cours de scénario, et ça fonctionne ! Mais ils n'écriront jamais de la littérature, c'est-à-dire Ulysse ou Guerre et paix. Donc oui, vous pouvez apprendre à travailler pour faire partie des 95 % des bouquins qui encombrent les librairies. Mais les 5 % qui restent, les vrais écrivains, ceux-là sont hors de portée et personne ne peut, en effet, s'engager à vous transformer en l'un d'eux. »

Pour lui, l’inspiration n’existe pas : « C'est plus beau que ça, la littérature ! Ça ne vous tombe pas dessus comme ça. Ce n'est pas le doigt de Dieu qui traverse les nuages et vous désigne... Le grand cliché, c'est le type qui, d'un seul coup, la nuit, se lève et se met devant sa machine pour écrire trente pages dans la fièvre... On voit ça à la télévision, dans les films. Ça me fait rigoler. Je ne crois pas que ce qu'il écrira soit très bon ! »

Il ne croit pas non plus au génie littéraire : « Je n'ai jamais rencontré de génie en littérature. La littérature, même quand je l'admire à un point extrême, je comprends comment ça fonctionne : je sais comment ils font. »

Un écrivain est un travailleur acharné, discipliné, qui écrit sans relâche jour après jour. « J'utilise souvent cette image, qui maintenant commence à être un peu usée : un petit bout de fil qui dépasse du sol, en se promenant on se baisse, on le ramasse et si on a un peu de sensibilité, on peut tirer doucement, sans rien casser et toute la bobine vient comme ça. C'est ça, faire de la littérature : rajouter une phrase après une phrase après une phrase tout en tenant la note ; il ne faut pas que ça tombe. D'où, à un moment, la nécessité d'éliminer tout ce qui peut vous gêner : les besoins d'explications, les besoins du personnage, dont on ne sait pas trop quoi faire. »

La littérature comme outil pour mieux vivre

Pour lui, la littérature est certes un divertissement, mais pas « quelque chose de pâle et de secondaire », c’est quelque chose qui doit vous aider à vivre. « Des gens comme Proust, par exemple, ne m'aident plus à traverser la rue, à parler à ma femme ou à mes enfants : avec eux, je peux éprouver une émotion esthétique mais ça ne m'aide pas. Or, pour moi, la littérature ne doit pas seulement être belle mais vous aider à vivre. La littérature, ce n'est pas seulement un truc d'intellectuels. »

L’écrivain est donc celui qui aide à mieux comprendre le monde.
« Il y a des écrivains qui ont transformé mon regard : ils m'ont aidé à observer le monde de manière plus fine et plus intelligente. L'écrivain est celui qui aiguise le regard : il nous permet de voir les mêmes choses mais sous un angle différent, comme ces réalisateurs - Ozu, par exemple - qui placent leur caméra à un endroit différent de celui que choisissent les autres, un endroit qui procure une luminosité complètement différente. Le rôle de l'écrivain est de donner une vision du monde. »

D'après L'express.fr

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