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Janine Boissard : "Je continue à faire mes gammes chaque matin, ce qui consiste pour moi à retravailler continuellement mes phrases jusqu’à en trouver la simplicité et le rythme adéquats"

Avec N’ayez pas peur, nous sommes là, Janine Boissard publie son 45e roman. A cette occasion, l’auteur de l’Esprit de Famille se penche avec nous sur ses techniques d’écriture

Janine Boissard
Pour qui et pour quoi écrivez-vous ?

J’ai adoré l’écriture dès l’âge de 5 ou 6 ans. C’est la blessure d’enfance qui motive l’écriture. J’avais un grand désir de reconnaissance, comme beaucoup d’artistes, et j’hésitais alors entre une carrière de grande musicienne – je prenais des cours de piano - ou d’écrivain célèbre. Malgré de mauvais résultats scolaires qui m’ont valu de redoubler ou d’être renvoyée de l’école, j’étais toujours la meilleure en français et j’écrivais en cachette. J’ai finalement choisi l’écriture.

A 18 ans, j’ai envoyé mon premier roman à René Julliard que j’admirais beaucoup, et comble du bonheur, il m’a remarquée. Ses premiers mots ont été déterminants pour moi : « vous êtes un écrivain ». Ensuite nous avons retravaillé mon texte pendant 3 ans avant qu’il ne soit publié ! Je raconte ma jeunesse jusqu’à cet épisode qui marque le début de ma carrière d’écrivain, dans Je serai la princesse du château. Pour moi écrire, c’est vivre, respirer.

Qu’y a-t-il dans votre boîte à outils d’écrivain ?

Comme disait Verlaine, de la musique avant toute chose. Je cherche la musique de chacune de mes phrases. Je continue à faire mes « gammes » chaque matin, ce qui consiste pour moi à retravailler continuellement mes phrases jusqu’à en trouver la simplicité et le rythme adéquats. J’écris et je recherche des mots simples. Pas parce que je suis un écrivain « populaire » - j’en suis d’ailleurs très fière ! – mais parce que c’est ma philosophie de l’écriture et de l’art en général.

Jean Cocteau est pour moi un modèle, son génie polyvalent recherchait toujours la pureté des traits et des mots, une vérité qui touche à l’universel. Je réécris souvent jusqu’à 15 fois mon texte, c’est un travail d’artisan. On naît artiste, et on devient artisan. Il faut aussi être capable d’une grande empathie pour donner vie à des personnages aussi bien féminins que masculins, faire parler et agir des vieillards aussi bien que des enfants.

Quel est le meilleur conseil qu’on vous ait donné au cours de votre carrière ?

Eh bien, on m’en a d’abord donné un très mauvais ! René Julliard avait remarqué que je ne parlais pas de moi dans mon premier roman. Au contraire j’avais choisi un sujet loin de ma famille, de mon milieu bourgeois. Il m’a dit : « ne parlez pas de vous ». Trop d’écrivains écrivaient un bon livre qui parlait d’eux, puis s’avéraient ensuite incapable d’écrire autre chose. J’ai donc poursuivi dans cette voie, et je faisais en sorte de ne jamais parler de moi. Je publiais, mais le succès restait relatif.

Nous étions en 1974 et j’écrivais pour la Série Noire. Jean Rossignol était mon agent pour le cinéma, et il m’a alors donné le conseil inverse : parle de toi ! Je lui dois une fière chandelle, car c’est ce qui m’a poussé à écrire L’Esprit de famille, qui fut mon premier grand succès, et qui se vend encore aujourd’hui. Pourtant je n’y croyais pas, je craignais de n’intéresser personne ! La conclusion de cette histoire, c’est qu’on ne parle bien que de ce qu’on connaît. On peut parler de soi, à condition de ne pas sombrer dans le nombrilisme, il faut raconter des histoires vastes.

Quand et comment écrivez-vous ?

Je me lève tous les jours à 5h du matin, et j’écris jusqu’à 9 ou 10h avec des pauses. Cela me permet d’avoir l’esprit clair, d’être tranquille, pas de téléphone, pas de visites. L’après-midi je retape mon texte à la machine. Pas d’ordinateur, ni internet, je travaille sur une machine à traitement de texte.

Le lendemain, je me relis et je réécris dans la marge, et ainsi de suite. Je réécris 10 à 15 fois mon texte de cette façon. Comme je me déplace beaucoup en France, notamment pour des séances de dédicaces, j’écris n’importe où : à l’hôtel, en train, au café, c’est aussi l’avantage de ne pas écrire sur ordinateur, un simple papier et un stylo suffisent.

Comment passez-vous de l’idée d’un roman à son écriture ?

Il y a d’abord l’idée, puis je développe. Je vais sur les lieux, j’étudie le terrain, je fais des fiches de personnage. Je me nourris de tout, je creuse les racines de chaque personnage, sa famille, ses amis.

Avant je ne parlais de mon idée qu’à mon éditeur, puis avec le temps j’ai ajouté dans la confidence mes attachés de presse, quelques amis. Mais il ne faut pas en parler trop, au risque d’être perturbé par les réactions.

Les personnages prennent consistance, ils commencent à exister vraiment lorsqu’ils modifient le cours de l’histoire que j’avais planifiée au départ. C’est là que cela devient intéressant, et que l’on sent qu’on est sur la bonne voie. Je ne rencontre jamais d’obstacle au niveau de l’histoire, j’ai de nouvelles idées chaque jour. La fin de mes romans change souvent en cours d’écriture.

Je montre mon texte à l’éditeur lorsque j’ai écrit environ un tiers du roman. On doute toujours à un moment donné, et on a besoin d’un regard extérieur. Mon éditeur est là pour me guider, me dire que telle idée est intéressante à développer, alors que parfois j’étais prête à l’abandonner. Parfois j’en parle aussi à ma fille. Mes agents Gilles Paris et Laurent Clerget me canalisent aussi, ils savent calmer mon anxiété d’artiste.

Ensuite je remontre mon texte à l’éditeur lorsque j’en suis aux deux tiers.

J’écris en moyenne un roman par an, ce qui fait un total de 45 livres à ce jour !

La vie, comme un roman, nécessite du suspense pour être excitante. Il faut donner envie au lecteur de tourner la page. 

Votre dernier roman vient de paraître aux Editions Flammarion, N’ayez pas peur nous sommes là. Parlez-nous de ce livre.

Mon personnage principal s’appelle Ninon, c’est une jeune femme de 30 ans qui a choisi un métier d’homme : pompier. J’aime ces personnages de femme dans la société moderne. Elle travaille en binôme avec Thomas qu’elle aime comme un frère, tandis qu’il la considère comme la femme de sa vie. Mais, pour l’amour, Ninon a déjà donné : elle est mère d’une petite fille de cinq ans, et le père l’a quittée lorsqu’il a appris qu’elle était enceinte. Elle croit avoir trouvé un équilibre entre sa vie à la caserne, et sa vie privée. William, écrivain et journaliste, va faire irruption dans sa vie et bouleverser tout cela.

Comme d’habitude, j’ai voulu me plonger dans la réalité de cette vie. Pour ce faire, j’ai intégré une caserne à Loche, près de Tour ! Je suis allée au feu à plusieurs reprises, j’ai vu des drames et des miracles. J’allais à la caserne par séries de deux jours, et je suivais les journées d’intervention. Le titre du livre n’est autre que cette phrase que les pompiers répètent si souvent lorsqu’ils interviennent.

On apprend tous les jours son métier d’écrivain : j’ai demandé à un de mes camarades pompiers ce qu’il pensait de Ninon. Il m’a répondu qu’il ne la « voyait » pas bien. Du coup, j’ai creusé mes descriptions physiques ! L’écriture complète a pris un an, ce qui est mon rythme habituel.

Comment choisissez-vous votre narrateur ?

Je le sais dès le départ, je n’ai pas de problème à ce niveau-là. La plupart du temps, je privilégie le « je », plus empathique. Parfois le « il ». La question du narrateur touche à la « voix » de l’écrivain, c’est intimement lié chez moi.

Avez-vous l’angoisse de la page blanche ?

Au contraire je crains la page mal remplie, le texte qui manque de vie.

Quels sont vos auteurs préférés ?

Parmi les Français, Colette, Pagnol, Giraudoux, Simenon… J’aime les écrivains qui sont près des choses, près des gens, j’aime les terriens. Zola, Balzac, les écrivains populaires.

J’adore la littérature américaine, les polars, les livres qui racontent une histoire. Vous savez, nous ne sommes pas nombreux à écrire de vraies histoires, il y a trop de nombrilisme en France.

Que pensez-vous de l’écriture cinématographique ?

Claude Désiré, le grand patron de TF1 de l’époque, a adapté en série télé l’Esprit de Famille. J’ai moi-même scénarisé cette série en 7 épisodes. Cela m’a apporté un grand public. Mais ensuite j’ai arrêté pour ne me consacrer qu’aux romans. Lorsque j’écris, je ne pense pas à faire « comme un film », car l’image va trop vite.

Jean Gabin disait qu’un bon film, c’est avant tout une bonne histoire. Je crois que c’est pour cette raison que mes romans passent bien à l’image.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune auteur ?

Lire énormément. Des belles histoires, des polars. Je lis en moyenne 4 livres par mois, parfois beaucoup plus lorsque je suis jury d’un prix littéraire. Chercher de quel écrivain on se sent proche, trouver ses maîtres. Les observer sans les copier. Ensuite, ne pas chercher à être édité immédiatement, accepter de réécrire, s’entêter. Ne pas envoyer son manuscrit à un grand éditeur, ils en reçoivent trop. Chercher plutôt un petit éditeur qui pourra vous donner des conseils. Et travailler énormément.

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